Thierry Chestier, nouvellement élu pour trois ans à la tête de la Fédération Française de Généalogie, expose dans un entretien accordé à la Revue française de Généalogie, sa vision du monde généalogique. Il y parle associations, Archives et indexation, et c’est pour le moins surprenant.

 

Dans ma boîte aux lettres ce matin, le dernier numéro de la Revue française de Généalogie n’attendait que moi. Ce n’est pas parce que j’y collabore, que je ne lis pas avec grand intérêt ce que produisent mes camarades.

Je découvre l’arbre remarquable de la famille Emonet, l’édito de Charles Hervis qui m’emmène directement vers l’article de Pierre-Valéry Archassal, qui revient sur la généalogie de François Berléand. Si l’article est un très bon complément à l’émission Retour aux Sources, je regrette qu’il n’y ait pas un mini guide pratique avec les adresses des sites d’Archives concernés, et une ou deux astuces de recherches.

Mon café n’est pas encore terminé. Je continue ma lecture, et me penche sur l’entretien accordé par Thierry Chestier à Guillaume de Morant (1).

Après les questions classiques sur la présentation du nouveau bureau de la Fédération Française de Généalogie, l’état des lieux de la vie associative, le pourquoi de la désaffection des généalogistes envers les associations, l’entretien aborde l’indexation, et le rôle des services d’Archives.

A la question « Vous regrettez que certains services d’Archives empiètent sur le rôle des associations ? ». La réponse tombe :

Chacun son rôle, chacun sa place. Les Archives collectent, classent, conservent et communiquent, les associations fédèrent le travail des généalogistes et le diffusent. Je suis contre la diffusion par les services public d’archives, de bases de données de types relevés ou dépouillements.

 

Je ne comprends pas cette position. Les bases de données diffusées par des services d’Archives, le sont en partenariat avec les dites associations. C’est un service gagnant-gagnant. Certaines associations n’ont pas le site, ou les moyens techniques pour une telle diffusion sur Internet. Quant aux services d’Archives, cela constitue un produit d’appel pour le généalogiste débutant, et curieux.

 

Je n’étais pas au bout de mes surprises. Interrogé sur l’indexation, Thierry Chestier est tout aussi radical :

Je ne suis pas non plus favorable à l’indexation collaborative mis en place par certains services d’Archives. Le collaboratif, nous, les associations, nous y sommes rompus. On sait bien que ce n’est pas à la portée de tous. (…). Faire de l’indexation, c’est un travail d’équipe, et cela suppose un minimum d’organisation, tout comme un minimum de compétences, sinon, le résultat n’est pas fiable.

 

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Donc, ma participation au projet 1 Jour 1 Poilu, ainsi que celle de tous les membres de l’équipe de choc, animée par Jean-Michel Gilot, ne vaut rien, car elle n’est pas faite dans le cadre d’une association ? De même lorsque je profite d’une recherche sur le site des Archives de la Haute-Loire pour intégrer un marque-page ?

 

Comment la Fédération Française de Généalogie peut-elle tenir de tels propos ?

Ce n’est pas en faisant un grand pas en arrière, et en voulant garder son pré, que l’on sauve la maison du feu.

 

Le développement de la généalogie, sa démocratisation passe par l’indexation collaborative. Doit-elle être encadrée, validée par des arbitres (2) ? Sûrement. Tout le monde commet des erreurs, y compris les associations.
Dans le cadre de l’indexation des fiches des Poilus sur le site Mémoire des Hommes, je corrige aussi des fiches publiées sur le site MemorialGenWeb, comme il m’est arrivé de corriger mes propres annotations, suite à des erreurs de saisies.

L’indexation ouverte au plus grand nombre n’est pas synonyme de coefficient multiplicateur d’erreurs. Elle signifie la possibilité pour tous de se pencher sur ses racines, que l’on sache chercher dans les archives, ou pas.

Le Grand Memorial est un exemple de l’apport au plus grand nombre de l’indexation collaborative. Vous n’y connaissez rien à la généalogie, mais vous souhaitez savoir si grand-papy a participé à la Grande Guerre ? La mise en commun des indexations collaboratives réalisées par les services d’Archives sur les fiches matricules, et celles réalisées sur le site Mémoire des Hommes, va vous apporter la réponse.

Deux indexations collaboratives, un portail gratuit, des découvertes pour le plus grand nombre.

Des erreurs ? Peut-être. Mais les fiches matricules, et les fiches Mémoire des Hommes en contiennent elles-même ! En outre, je vois régulièrement passer des messages de bénévole, s’interrogeant sur telle ou telle saisie. Si tous ne font pas partie d’une association, tous ont à coeur de bien faire.

 

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Jean-Yves Le Clerc, 27 juillet 2016

La solution passera-t-elle par le crowdsourcing ?

 

Jean-Yves Le Clerc, conservateur du patrimoine aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, tient peut-être la solution.

Le crowdsourcing, ou externalisation ouverte ou production participative, est l’utilisation de la créativité, de l’intelligence et du savoir-faire d’un grand nombre de personnes, en sous-traitance, pour réaliser certaines tâches traditionnellement effectuées par un employé ou un entrepreneur (3).

 

Les associations ont-elles suffisamment de capacité de production pour faire face à la demande croissante de l’indexation collaborative ? Pourquoi vouloir se réserver ce droit, alors que des bénévoles non-adhérents participent juste pour le plaisir du partage et de l’entraide ?

Thierry Chestier souligne, à juste titre, que les associations qui s’en tirent le mieux sont celles qui proposent des formations.

 

Pourquoi ne pas proposer des formations en paléographie, des ateliers d’indexation, en collaboration avec les services d’Archives ? 

 

Ces deux acteurs du monde généalogique ont des besoins. Les uns de valoriser leurs fonds, les autres de proposer des données exploitables pour leurs adhérents et futurs adhérents.

Pourquoi un service d’Archives ne proposerait pas un fonds à indexer à l’association locale, ou, pour toucher le plus grand nombre, de servir d’arbitre dans le cas d’une indexation collaborative en ligne ?

Des partenariats existent déjà entre les services d’Archives et les associations de généalogie. C’est le cas pour les Archives d’Ille-et-Vilaine.

 

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Sophie Boudarel. Présentation de Jean-Yves Le Clerc. Matins Malins du 16 avril 2016

 

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Erwan Le Gall. Présentation de Jean-Yves Le Clerc. Matins Malins du 16 avril 2016

 

A l’heure de l’open data, que signifierait pour le monde généalogique ce repli sur soi ? J’espère sincèrement que des associations comme celles de l’Ille-et-Vilaine, des Côtes d’Armor, et de bien d’autres départements, ne suivront pas la position de leur président.

 

Services d’Archives, associations fédérées ou non, bénévoles associatifs ou non, travaillons ensemble, les uns avec les autres, les uns pour les autres, et non les uns contre les autres.

 

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Edit du 28 juillet 2016 : L’indexation oui, mais…

Cet article, ainsi que l’entretien publié par la Revue française de Généalogie, ont réveillé les ardeurs des généalogistes indexeurs. Les commentaires en sont une illustration.

Le but de ce blog, ou de mes actions, n’ont jamais été de faire du bruit, mais de faire avancer à mon humble niveau, les choses dans le bon sens.

Ce matin, Thierry Chestier m’a contactée, au sujet de l’article, et des réactions qu’il a pu lire sur les réseaux sociaux.

 

Il n’a pas encore eu l’occasion de lire son portrait en intégralité. Notre échange, qui a été très cordial, et constructif a apporté les éclairages suivants :

  • Thierry Chestier n’est pas contre l’indexation faite en dehors des associations. L’apport de chacun est bénéfique. Il regrette seulement que cela se fasse sans réel contrôle ; craignant que le premier venu puisse indexer en masse sans pour autant que son travail soit juste.
  • A la tête de la FFG, il entend venir en aide aux petites associations, en les aidant, entre autres, à avoir une meilleure visibilité sur Internet. Les projets ne manquent pas.

Au sujet du premier point, comme je l’ai écrit plus haut dans cet article, les erreurs existent, et existeront toujours. A nous, à la FFG, de réfléchir au meilleur moyen de viser la justesse. Je réitère ici ma piste de réflexion au sujet d’un arbitrage possible.

 

Nous différons toutefois sur le point le plus important : l’indexation nominative. 

 

Thierry Chestier n’est pas contre l’indexation millésimée, savoir la signalisation de telle année dans un registre via des marque-pages (voir ce qui se fait aux Archives départementales de la Haute-Loire).

Par contre, il voit l’indexation nominative comme le glas des associations, d’où son opposition :  » Qu’adviendra-t-il des associations quand le généalogiste lambda n’aura plus qu’à taper un nom pour tracer une généalogie ? « .

 

Je ne vois pas l’avenir aussi sombre pour les associations. Il y a tellement de documents d’archives, tellement de sources, que je ne crois que nous arriverons un jour au bout de tout cela par le simple fait de l’indexation collaborative. Il y a encore tant à faire, tant à découvrir, tant de besoins. Et c’est là que les associations doivent se positionner. Il faut qu’elles anticipent le besoin, sous peine de disparaître. C’est le lot de toute entreprise. Avec des adhérents de plus en plus consommateurs, c’est une stratégie de type entrepreneuriale qu’elles doivent mettre en place : comment attirer le client (adhérent) ? Comment le garder captif ? Comment le rendre « consommacteur  » ?

 

Cet entretien n’était qu’un début à une plus longue réflexion, qui devrait se prolonger à l’occasion de Gene@2016 et, je l’espère, au-delà.

 

Je laisse le mot de la fin aux Archives de France 😉

 

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Archives de France. 28 juillet 2016.

 

 

(1) Guillaume de Morant, 2016. « Une nouvelle tête à la Fédération ». La Revue française de Généalogie, août-septembre.

(2) FamilySearch, 2016. « Mise au point concernant l’arbitrage ». Publié le 8 juillet 2016. https://familysearch.org/blog/fr/mise-au-point-concernant-larbitrage/

(3) Wikipedia. « Crowdsourcing ». Consulté le 27 juillet 2016. https://fr.wikipedia.org/wiki/Crowdsourcing