Les grandes périodes de la police parisienne : la création du service de l’identité judiciaire et les grandes affaires criminelles

C’est en 1887 qu’est créé le service de l’Identification judiciaire. Sa responsabilité est confiée à Alphonse Bertillon. (1)

 

Jusqu’alors employé à la préfecture de police, Bertillon propose au préfet une méthode qu’il juge infaillible pour identifier les récidivistes : le signalement descriptif.

Le signalement descriptif consiste à prendre onze mensurations sur le corps humain : largeur et longueur de la tête, longueur du doigt, longueur du bras, longueur du pied, couleur des yeux, …

Selon Bertillon, il n’existe qu’une chance sur quatre cents millions de se tromper. Mais cette méthode n’est pas infaillible; elle ne tient pas compte de la croissance.

Parallèlement à ces relevés, Bertillon commença à utiliser la photographie anthropométrique.

 

 
BERTILLON, Alphonse (1853-1914)
BERTILLON, Alphonse (1853-1914)
© BIU Santé, Paris
 
 

L’ensemble de ces mesures donna lieu au « Bertillonage » : système de classification et de reconnaissance des personnes sur la base de mesures invariables de l’anatomie et de photographies signalétiques (de face, de profil et de trois quarts).

Pour Bertillon sa méthode était la meilleure. Cet acharnement retarda les apports des autres innovations faites à l’étranger comme la dactyloscopie.

La dactyloscopie, ou étude des empreintes digitales, est une découverte anglaise. En 1877, William Herschel, alors en poste aux Indes, utilise les empreintes digitales des récipiendaires pour éviter que les pensions soient touchées plusieurs fois.

En 1892, Sir Francis Galton, cousin de Charles Darwin publie un ouvrage dans lequel il présente une classification détaillée des sillons laissés par les empreintes digitales. En 1894, sir Edward Henry, met au point un système qui définit les familles telles que boucles, arches, tourbillons (ce système connu sous le nom de « système Henry » est toujours utilisé dans les pays anglophones).

 

Ce n’est qu’en 1902, avec l’affaire Scheffer, que Bertillon, contraint et forcé, utilisera cette méthode pour la première fois.

Douze ans après cette affaire, une autre sommité de la police scientifique résoudra sa première enquête grâce à la dactyloscopie : Edmond Locard.

En 1910, il installe dans les combles du Palais de Justice de Lyon, son laboratoire de police scientifique où il utilise dans les enquêtes policières des techniques telles que la balistique ou la toxicologie.

Locard se fera connaître mondialement grâce à sa théorie de l’échange; théorie encore utilisée de nos jours. Il part du principe que lorsqu’un meurtre est commis, un échange se fait entre la victime et l’agresseur. La victime laissera une trace telle qu’un cheveu, une empreinte; l’agresseur quant à lui, peut laisser une empreinte sur le lieu du crime ou emporter un objet.

C’est pourquoi Locard fera isoler et photographier les scènes de crimes :  afin de garder une trace de ce qui c’est passé.

Edmond Locard (1877-1966) dans son laboratoire du palais de justice, créé en 1910. famille locard
 

L’affaire Scheffer :

Le 16 octobre 1902 est découvert dans un appartement cossu de la rue du Faubourg Saint-Honoré, le corps sans vie du domestique. L’auteur du crime, dont le vol semble être la raison, a laissé deux empreintes digitales sur les lieux. A la demande de ses supérieurs, Bertillon les relève.

Il les comparera à celles des fiches conservées par l’identité judiciaire et trouvera une correspondance avec celles d’un certain Henri-Léon Scheffer, arrêté en mars 1902 pour vol et abus de confiance.

L’homme sera retrouvé et arrêté quelques jours plus tard à Marseille, où il avouera son crime. (2)

fiche signalétique et dactyloscopique de Henri-Léon Scheffer
Collections du laboratoire de police scientifique
© Préfecture de Police de Paris, tous droits réservés
 

L’affaire Soleilland :

En janvier 1907, Albert Soleilland garde la petite fille d’un couple d’amis. Le 8 février, le corps de l’enfant est retrouvé découpé dans une consigne de gare. Avant d’être tuée, l’enfant a été violée.

Soleilland est arrêté et condamné à mort le 24 juillet.

Le crime a choqué la population. Elle le sera encore plus lorsque, le 13 septembre, le président Fallières gracie Soleilland. Fervent abolitionniste de la peine de mort, Fallières avait pour habitude de commuer toutes les condamnations à mort en déportation au bagne.

Depuis 1906, le débat sur la peine capitale faisait rage à l’Assemblée. L’attitude de Fallières et les campagnes menées par la presse suite à cette affaire amèneront les députés à maintenir la peine de mort. (3)

Albert Soleilland. Source : La vie étonnante de la guillotine
 

L’affaire Landru :

Petit escroc à la recherche de revenus faciles, Henri-Désiré Landru va se faire passer à partir de 1915 pour un veuf aisé esseulé auprès de jeunes femmes ayant des économies et n’étant pas trop proches de leurs familles.

Il les invite tout d’abord dans sa maison de Vernouillet puis dans celle de Gambais, dans les Yvelines.

A partir de 1918, le maire de Gambais commence à recevoir des lettres de familles demandant des nouvelles d’une cousine, d’une sœur qui, suite à leur mariage, auraient emménagés à Gambais. Le maire est vitre intrigué par le fait qu’il ne connaît aucune de ces personnes dans son village et par la ressemblance des courriers qu’il reçoit. Il met alors les familles en relation. Très vite celles-ci comprennent la supercherie et portent plainte contre X au parquet de la Seine.

C’est par un incroyable concours de circonstances que Landru sera arrêté en 1919 : la parente d’une des disparue le reconnaît sortant d’un magasin rue de Rivoli à Paris et alerte la police qui le localisera rapidement.

Landru crie au complot bien que les preuves s’accumulent contre lui. Le fer à friser d’une des victimes est retrouvé dans le jardin de la maison de Gambais (4). Ses papiers personnels sont également examinés dont son carnet de dépenses qui sera une preuve accablante : la trace de ses achats de billets de train laisse apparaître qu’il achetait un aller-retour (pour lui) et un aller-simple (pour sa fiancée).

Accusé du meurtre de 11 femmes, Landru sera guillotiné le 25 février 1925.

Les fouilles de la villa de Gambais

 

L’affaire Petiot : 

Né en 1897 à  Auxerre, Marcel Petiot apparaît très vite comme un enfant précoce mais ayant des problèmes psychiatriques. Arrêté à 17 ans pour vol, il ne sera pas condamné, un psychiatre l’ayant déclaré inapte, avec une personnalité bipolaire, inadaptée socialement et moralement.

Enrôlé en 1916, il sera blessé six mois plus tard. Il sera transféré dans un hôpital psychiatriques où les psychiatres le déclareront déséquilibré mental. Malgré cela, il sera renvoyé au front en 1918 avant d’être révoqué pour troubles psychiatriques.

Les anciens combattants ayant un accès facilité aux études, il s’oriente vers des études de médecine et obtient son diplôme en 1921. Il s’installe à Villeneuve-sur-Yonne, dont il deviendra maire en 1926, avant de partir pour Paris en 1933.

C’est en 1941 qu’il achète au 21 rue Lesueur  l’hôtel particulier qui deviendra le lieu de ses crimes.

En cette période troublée, Petiot se fait passer pour un résistant, proposant aux victimes des persécutions nazies de les faire passer en Argentine. Il commence par s’attaquer à des personnes seules, leur demandant de venir à son cabinet avec tous leurs biens de valeur, puis à des familles entières.

Une dénonciation au sujet de son réseau emmènera Petiot dans les geôles de la Gestapo où il sera torturé pendant huit mois. Huit mois de tortures pendant lesquels il ne dira rien. Il sera relâché pour faute de preuves.

Mars 1944 : des voisins de l’hôtel particulier de Petiot, apercevant de la fumée s’échappant de l’hôtel, alertent les pompiers. Ceux-ci, stupéfaits, découvriront dans la chaudière de l’immeuble des restes humains calcinés.

Plutôt que de les couvrir de chaux vive dans la cave de son immeuble, comme il en avait l’habitude, Petiot avait placé les corps restant dans la chaudière pour s’en débarrasser au plus vite.

De retour à son hôtel, Petiot découvre l’armada de policiers et de pompiers. Toujours aussi sûr de lui, il s’enquiert auprès d’un policier de la situation. Il affirme au policier que l’habitant de l’immeuble est un résistant et que les restes découverts sont ceux de collabos ou de nazis. Il se propose d’aller chercher cette personne et en profite pour disparaître.

Pendant ce temps, la police cumule les preuves : quarante-sept valises, vingt-six sacs à mains, quatre-vingt-six chaussures, … soit au total mille sept cent soixante pièces, dont un pyjama d’enfant.

Arrêté en septembre 1944 dans une station de métro, Petiot ne cessera de clamer qu’il a agit au sein du réseau de résistants Fly-Tox, dont personne ne connaît l’existence.

Accusé du meurtre de vingt-quatre personnes, il sera exécuté en 1946. Le nombre exact de ses victimes reste inconnu. (5)

Les valises de l’affaire Petiot. Source : forum Guillotine
 
 
 
 

(1) Le projet Bertillon

(2) La police en quête d’empreinte

(3) L’effet Soleilland

(4) Pièce exposée au musée de la préfecture de police à Paris

(5) Petiot, le « Docteur Satan »