Les grandes périodes de la police parisienne : l’Ancien Régime

En 1667, Louis XIV créé la charge de lieutenant général de police avec pour mission : « Netteté, clarté, sûreté ».

 

Gabriel Nicolas, seigneur de la Reynie, premier lieutenant général de police applique cet adage dès sa prise de fonctions et s’attaque à la Cour des Miracles.

 

Gabriel Nicolas, seigneur de la Reynie

Sous l’Ancien Régime, la cour des miracles désignait des quartiers de Paris, sorte de zones de non-droit, où les mendiants se retrouvaient le soir tombé.

Infirmes le jour pour quémander un quignon de pain, ils recouvraient toutes leurs facultés une fois leur quartier rejoint, d’où le nom de cour des miracles (1).

Si chaque ville avait sa propre cour des miracles, Paris en comptait une douzaine.

 
Gustave Doré : La Cour des Miracles
 
 

Le nouveau lieutenant de police réquisitionne l’armée et somme les mendiants : « Si les lieux ne sont pas évacués sous 24 heures, 12 d’entre vous seront sélectionnés au hasard et pendus ».

La sommation fut efficace; les mendiants partirent … pour établir une nouvelle cour des miracles dans un autre lieu.

Restant sensible à la sécurité des rues de Paris, Gabriel Nicolas fit également installer des chandelles dans les rues de Paris afin d’améliorer l’éclairage.

Une grande affaire criminelle éclata sous la lieutenance de Gabriel Nicolas, l’affaire des poisons.

 
Marquise de Brinvilliers
 
 

L’affaire éclate en 1672 suite au décès d’un officier de cavalerie, Godin de Sainte-Croix. Dans ses papiers sont trouvés des lettres de sa maîtresse la marquise de Brinvilliers, une reconnaissance de dettes de cette dernière, ainsi que divers produits toxiques.

Dans ses lettres, la marquise reconnaît avoir empoisonné son père et ses deux frères afin de s’approprier leurs parts d’héritage.

La marquise de Brinvilliers sera arrêtée en 1676 dans un couvent à Liège.

Trois ans après l’exécution de la marquise, l’affaire rebondit.

En 1679, un réseau de diseuses de bonne aventure est démantelé. L’enquête révèle que les clients ne consultaient pas seulement pour connaître leur avenir, mais aussi pour obtenir des « poudres de succession ». Parmi ces clients et clientes, La Voisin, fut rapidement citée, jugée et condamnée à être brûlée vive.

Après son exécution, la fille de La Voisin mis en cause madame de Montespan. Maîtresse du roi, elle aurait eu recours à des filtres d’amour après être tombée en disgrâce. Louis XIV aurait alors tout fait pour faire étouffer l’affaire.

Suite à cette affaire, en 1682 Louis XIV promulgue un édit relatif aux poisons et substances vénéneuses. Il s’agira de la première réglementation concernant le contrôle  et la sécurité de ces substances. (2)

René Hérault, seigneur de Fontaine l’Abbé, fut lieutenant général de police de 1725 à 1739. A son actif, nous pouvons retenir :

– l’immatriculation des fiacres, afin d’en faciliter  le suivi et la reconnaissance en cas de vol

– la dénomination des rues. En 1728, il fit graver le nom des rues sur les façades des maisons. Il tenta également d’imposer la numérotation des propriétés, mais devant le refus de la noblesse, il fit marche arrière.

Le troisième lieutenant général de police que l’histoire retiendra et qui nous est plus proche grâce à Jean-François Parot et son héros Nicholas Le Floch, est Antoine de Sartine, comte d’Alby.

Antoine de Sartine

Avant d’occuper les fonctions de ministre de la marine sous Louix XVI, Antoine de Sartines fut lieutenant général de police de 1759 à 1774. Il prend à bras le corps les problèmes d’hygiène et de sécurité.

Il lance un concours récompensé de 2000 livres dont le gagnant sera celui qui trouvera la meilleure manière d´éclairer Paris pendant la nuit en conciliant ensemble la clarté, l´économie et la facilité de service. Bourgeois de Châteaublanc propose dans le cadre de ce concours une lanterne utilisant le principe du réverbère, inventé 20 ans plus tôt. Son modèle est récompensé en 1766 par l’Académie des Sciences. L’éclairage fourni par la lanterne de Châteaublanc est jugé équivalent à 30 chandelles. (3)

Lanterne de Chateaublanc. Source Phozagora
 
 
 
 

Le musée de la préfecture de police expose pour cette période, entre autres,  le registre d’écrou de de Robert François Damiens (ainsi que celui de Ravaillac, assassin du roi Henri IV en 1610) qui tenta d’assassiner Louis XV en 1757.

Condamné pour régicide, son exécution fut effroyable. Conduit en place de grève, il fut condamné à avoir la main coupée, à être tenaillé aux chairs (mamelles, cuisses, bras), à avoir un mélange de plomb fondu et de cire versé sur les plaies, puis écartelé par des chevaux.

Les chevaux n’ayant pas réussi à arracher les jambes, le bourreau dû finir le travail au couteau.

 

 

 

 

Pour aller plus loin :

La création de la lieutenance générale de police de Paris dans la seconde moitié du XVIIe siècle

Notes :

1. France pittoresque

2. L’affaire des poisons à l’origine de la réglementation des substances vénéneuses

3. La naissance de l’éclairage public