Le luthier de Mirecourt

Le luthier apparaît pour la première fois en 1762 dans le dictionnaire de l’Académie française. La tradition de la lutherie est néanmoins attestée à Mirecourt dès le 17e siècle.

 

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Raphael, Santa Cecilia, 1514 (Pinacoteca Nazionale, Bologna)

 

L’origine de la lutherie lorraine remonterait au 17e siècle. A l’occasion de leurs voyages dans des pays étrangers, les ducs lorrains ramenèrent avec eux des facteurs d’instruments. Certains s’établirent à Mirecourt, où ils formèrent des élèves. En 1769, 39 joueurs d’instruments et luthiers constituaient la première ressource de la cité.

Le premier luthier de ma généalogie me fait remonter jusqu’en 1750, année de sa naissance. La dernière mention que je rencontre date de 1863, avant le départ de Joseph BERTRAND pour Paris.

Les luthiers qui travaillaient à façon, étaient employés dans une des grandes maisons de Mirecourt, gagnaient chichement leur vie. Il était souvent nécessaire que leurs épouses s’emploient à fabriquer de la dentelle aux fuseaux, pour pouvoir nourrir la famille.

 

Que valait le travail du luthier de Mirecourt ?

En 1851, un certain Fétis (père) écrivait dans la Gazette musicale de Paris que les ménétriers pouvaient se procurer un violon de Mirecourt pour 5 francs. Il s’agissait, selon l’auteur, de lutherie de pacotille. De fait, leur pratique était menacée par la concurrence venant du Tyrol, dont les violons étaient d’une « supériorité incontestable ». Toutefois, tout n’est pas perdu pour la lutherie de Mirecourt, jugée supérieure à celle de Klingenthal, sur laquelle elle peut laisser « tomber des regards de mépris ».

Ce constat sans appel ne peut cacher la triste réalité du luthier mirecurtien. Celle d’un travail de labeur, peu payé, et menacé par l’industrialisation.

 

Le luthier au tournant du 20e siècle

Au début du 20e siècle, la présence à Mirecourt de la filature de coton poussa les luthiers à se grouper pour favoriser l’apprentissage. En effet, l’usine absorbait la main-d’œuvre jeune et menaçait la vitalité de leur industrie. Ainsi en 1907, eut lieu une distribution de livrets de Caisse d’Épargne dont certains avaient une valeur de 100 francs.

Le témoignage de Pierre CLAUDOT sur cette période est sans équivoque : « Pierre Claudot dresse le portrait économique et social de cette profession artisanale et de la misère quotidienne durant la décennie de 1910 à Mirecourt. La vie est alors difficile pour la plupart des gens qui, en échange de travaux physiquement très éprouvants, ont des salaires qui leur permettent à peine de survivre.  »

 

Toutefois, malgré cette qualité de « pacotille », certains violons de Mirecourt sont parvenus jusqu’à nous, dont un marqué du sceau d’un de mes ancêtres…

 

 

Sources

Albert Jacquot, La musique en Lorraine : étude rétrospective d’après les archives locales (Paris : 1882), 178-185

Société de protection des apprentis et des enfants employés dans les manufactures , Bulletin  (Paris : 1909), 75

Revue et Gazette musicale de Paris (Paris : 1851), 362-363

Hélène Claudot-Hawad, La condition des luthiers de Mirecourt dans les années 1910 par l’histoire d’une famille (Calames : 1988), cote MMSH-PH-3485