Moinel avocat

La généalogie est une activité passionnante. Non seulement, nous remontons dans le temps, mais aussi nous sommes amenés à découvrir des professions oubliées, des lieux, des histoires. Est-ce tout ? Non ! À cela, vous pouvez ajouter une dose de mystères et d’énigmes à résoudre.

 

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En remontant la lignée de mes ancêtres CLAUDOT, j’ai quitté Mirecourt pour Houécourt puis Beaufremont. Avant d’être luthiers, ils travaillaient déjà le bois et étaient tourneur ou maître charron.

En étudiant les registres paroissiaux de Beaufremont afin de reconstituer les familles, j’ai trouvé un mariage qui a attiré mon attention. Il s’agissait du mariage de Jeanne, fille Joseph CLAUDOT et Anne ROYER, mes ancêtres à la dixième génération. Charles François MOINEL, l’époux de Jeanne est dit être avocat à la cour souveraine de Lorraine.

Il n’en fallait pas plus pour aiguiser ma curiosité. Jeanne, la sœur de Jean mon ancêtre tourneur, épouse un avocat à la cour ? Mais comment cela est-ce possible ? Il fallait que je creuse.

 

Acte I : Qui est Charles François MOINEL ?

Pour répondre à cette question, j’ouvre mon moteur de recherche favori… Gallica. J’ai rapidement trouvé un livre qui s’avéra riche en informations sur Charles MOINEL.

Entre autres choses, j’apprends que Charles-François Moinel était avocat à la cour, prévôt et amodiateur de M. le comte de Morvilliers.
Je découvre également page 364  « que le 21 février 1690, un fils de Jean Moinel, procureur fiscal en la baronnie, eut pour parrain « haut et puissant seigneur Charles-François Labbé, comte de Boffromont et pour marraine haute et puissante dame Jeanne-Marguerite de Choiseul, dame du St-Empire à Poussay« .
Voyons-voir ce que nous disent les Archives…

 

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Archives départementales des Vosges – Beaufremont : baptêmes, mariages, sépultures, 1673-1703, cote Edpt45/GG_1-6184

 

Charles François MOINEL décède le 3 novembre 1770. Il est âgé de 80 ans et neuf mois.

Acte II : Charles et Jeanne eurent-ils beaucoup d’enfants ?

Si le livre me fournit beaucoup d’éléments sur Charles François Moinel, qu’en est-il de son épouse. Je n’ai toujours pas répondu à ma question de départ. Je fouille donc, de nouveau, les registres de Beaufremont, afin de retracer la vie du couple. Cette recherche est infructueuse, je n’ai pas trouvé d’enfants nés de Charles et Jeanne.

 

Acte III : Le doute s’insinue

Cette question tourne en boucle dans ma tête : comment Jeanne, fille d’un maître charron a-t-elle pu épouser un avocat à la cour souveraine de Lorraine ? Jeanne…

Je reprends leur acte de mariage. Jeanne est bien décrite comme la fille de Joseph CLAUDOT et de Anne ROYER. Jeanne … J’ouvre Heredis pour vérifier une incertitude. Parmi les enfants, je me souviens de Marguerite, des deux Jean (dont mon ancêtre), de Joseph, mais je ne me souviens pas de Jeanne !

En reprenant les enfants du couple CLAUDOT / ROYER, nulle trace de Jeanne. Ce peut-il que je sois passée à côté malgré mes multiples recherches dans les registres ? Qu’à cela ne tienne, je dois en avoir le cœur net.

Je commence ma recherche à partir du 23 janvier 1702, date du mariage de Joseph et de Anne. Je m’arrête en 1737. Joseph a 67 ans, Anne en a 64. Pas de Jeanne CLAUDOT, née de Joseph et de Anne.

Je me connecte sur Geneanet. Personne n’étudie ce couple. J’essaye Filae. Je découvre que le cercle généalogique des Vosges y a déposé ses relevés. Je fais donc une recherche sur Joseph et Anne, et vérifie les résultats les uns après les autres. Baptêmes, mariage : ok ; baptême de Joseph, Jean, Marguerite, Jean : ok. Mais où est Jeanne ?

Joseph et Anne se sont mariés le 23 janvier 1702. Joseph est né le 25 avril 1703. Techniquement, il n’y a pas de place pour que Jeanne soit l’aînée. Ou alors elle est née avant mais le prêtre n’en a pas fait mention ? Après vérification des registres, encore, je ne trouve pas de baptême avant le mariage.

 

Acte IV : le curé en perd son latin (et moi aussi)

Reprenons. J’ai passé en revue au moins cinq fois les registres de Beaufremont. J’ai tous les actes. Mais je ne trouve pas Jeanne.

Jeanne…

Et si je m’intéressais aux autres Jeanne. En y réfléchissant, je me souviens avoir lu en diagonale un acte de baptême pour une Jeanne, fille de François CLAUDOT. Se pourrait-il ?

L’avantage de lire et relire le même registre, c’est que vous vous souvenez de la page et de l’emplacement exact de l’acte que vous recherchez… Je retrouve donc rapidement l’acte de baptême de Jeanne CLAUDOT, fille de François CLAUDOT et de Marie ROUYER.

Vous voyez la petite lumière s’allumer ?

Jeanne est baptisée le 13 octobre 1704. Son parrain est Jean ROUYER, lieutenant du Prevost de la barronie de Boffromont. Cette piste me plaît de plus en plus. Je décide donc de creuser la piste François CLAUDOT Marie ROUYER.

Je retrouve rapidement leur bénédiction nuptiale, en date du 27 novembre 1702. Soit dix mois après le mariage de Joseph, le frère aîné de François. Car si l’acte de mariage me confirme que Marie ROUYER (aussi écrit ROYER) n’a aucun lien de parenté avec Anne, j’apprends que François est le fils de Rémy CLAUDOT et Florentine DARGANT, qui se trouvent être aussi les parents de Joseph.

François et Marie ont neuf enfants. En continuant mon étude, je découvre que François CLAUDOT, marchand, est lieutenant de la prévôté de Beaufremont en 1724.  Tous ces indices m’amènent donc à penser que Jeanne est la fille de François et non de Joseph.

Joseph et François se mariant la même année avec deux homonymes Anne ROYER et Marie ROUYER (ROYER), ayant chacun des enfants en 1703, 1705 et 1713, le curé a finit par y perdre son latin.

 

Conclusion

Le titre du billet m’est apparu comme une évidence à la découverte de Charles François MOINEL. Toutefois, après enquête, il s’avère que j’aurais pu l’intituler Mince, ce n’est pas le bon ou Mais qui est qui ?

Je vous ai emmené avec moi dans les méandres de cette recherche, pour insister sur deux points importants en généalogie :

  1. Comme je l’ai écrit dans le billet L’erreur à ne pas commettre en généalogie, il est important de s’intéresser à tous les membres de la famille, non seulement pour comprendre le contexte de leur histoire, mais aussi pour éviter les fausses pistes.
  2. Pour que votre histoire familiale soit complète, ne vous contentez pas des archives en ligne, allez explorer les fonds en salle de lecture. Je n’ai pu me baser que sur les sources d’état civil disponibles en ligne sur le site des Archives départementales des Vosges, et sur mes découvertes dans Gallica.  Cette enquête sera complète lorsque je pourrai me déplacer aux Archives afin de fouiller non seulement les fonds notariés, me plonger dans les archives fiscales, mais aussi étudier la série B qui concerne les Archives des baronnies d’Ancien Régime des Vosges.

 

Sources et bibliographie

Jean-Charles Chapellier, Essai historique sur Baufremont, son château et ses barons (Epinal : 1858-1860), Gallica

Archives départementales des Vosges – Beaufremont : baptêmes, mariages, sépultures, 1673-1703, cote Edpt45/GG_1-6184, lien

Archives départementales des Vosges – Beaufremont : baptêmes, mariages, sépultures, 1704-1718, cote Edpt45/GG_1-6185, lien

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