de Nicolas à Nicolas

Il y a des histoires que seule la généalogie peut nous amener à connaître, et à vivre. Comment aurais-je pu me douter que pendant la préparation du challengeAZ, plongée dans la généalogie de mes ancêtres luthiers, que Nicolas Claudot viendrait me parler, et me ferait un cadeau incroyable.

 

Vous avez déjà rencontré Nicolas Claudot. Il a été évoqué dans l’histoire d’Adèle, sa petite-fille, ainsi que dans la présentation des Claudot de ma généalogie.

Nicolas est né  le 22 septembre 1777, à Mirecourt. Il est le cadet d’une fratrie de trois enfants. Les trois fils seront luthiers, mais c’est Charles Augustin qui laissera le plus sa marque dans l’histoire. Ses violons étaient d’une sonorité commune mais assez forte. Ils eurent une certaine vogue dans les orchestres de bal. Charles Augustin était toujours en activité en 1870, il avait 76 ans. Est-ce que Nicolas a travaillé aussi longtemps ? Peut-être. En tout cas, les deux frères moururent aux âges respectables de 81 et 83 ans.

 

Couleur jaune-orangé

La fabrication du violon comporte plusieurs étapes dont celle du vernissage. Si vous envisagez de vernir vous-même votre violon, sachez qu’il vous faudra de la potasse, du rocou et une bouteille propre. Nicolas a-t-il noté cette recette dans un carnet quand il a fait son apprentissage, ou la connaissait-il de mémoire ?

 

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Cette couleur fort belle, comme la décrivent messieurs Maugin et Maigne a-t-elle résisté au temps ? Au-delà de la couleur, les violons de Nicolas ont-ils survécu à plus de deux siècles d’histoire ? C’est Nicolas lui-même qui m’apportera la réponse.

 

De Nicolas à Nicolas

Alors que je m’interroge sur l’histoire de ces luthiers, que je les imagine travaillant dans leurs ateliers, fabricant sans relâche des violons, je suis contactée via la messagerie de Geneanet par Nicolas. Nicolas intitule son message « Famille Claudot ». Il n’en fallait pas plus pour attiser ma curiosité. En lisant son message, j’ai cru réaliser le rêve de tout généalogiste : pouvoir voyager dans le temps, et échanger avec ses ancêtres.

Nicolas me contacte car il a découvert que j’étais une descendante de Nicolas Claudot. Il m’écrit : « Juste un petit mot d’un (ancien) violoniste (je joue encore parfois), qui a passé tant de bons moments avec son violon de Nicolas Claudot, votre ancêtre, à jouer, en particulier de la musique baroque. » Nicolas venait frapper à ma porte, et répondre à mes interrogations en prenant la voix de Nicolas !

Alors que Nicolas me demandait des renseignements sur mon ancêtre, je lui demandais son histoire avec le violon de Nicolas Claudot.

Je n’étais pas un petit garçon sportif, mais j’appartenais déjà à ces générations qu’on voulait à tout prix occuper avec des activités extrascolaires. 
Un jour, dans mon école primaire, de vieux messieurs vinrent nous faire une démonstration de leur quatuor à cordes. Parmi eux, un violoniste. Voilà ce que je voulais « vraiment » faire : du violon.
Durant quelques années, je m’exerçais sur un violon en location, faisant grincer mon instrument comme tous les apprentis violonistes ; j’apprenais le solfège, aidé pour les dictées mélodiques par mon « oreille absolue ».
En 94, peu après le décès de mon grand-père, ma mère m’offrit chez un luthier rouennais (ma ville natale, donc) mon fidèle compagnon, avec lequel je me spécialisais dans la musique de chambre, le baroque, délaissant un peu la musique symphonique. Je fis aussi quelques jolis duos avec une pianiste.

Le luthier qui l’avait restauré et vendu (M. Sarhan, qui exerce toujours, dans le vieux quartier des antiquaires de l’ancienne collégiale Saint-Maclou, à Rouen) avait précisé que cet instrument était un Mirecourt de la première moitié du XIXème siècle – l’époque où tous les violons de fabrication française l’étaient encore dans les Vosges ; que le luthier était Nicolas Claudot (dont le nom est marqué au fer à l’intérieur, tout près de l’âme, comme je vous l’ai dit), et que ce Nicolas appartenait à une dynastie de luthiers. C’est donc un violon assez ancien, et parfaitement égal, dans les aigus et les graves (ce qui n’est pas forcément le cas…). Sa « table » et son « dos » sont assez sobres, avec une jolie patine ; et le vernissage a fait apparaître un « dos » bicolore, rouge sombre et blond. D’où provenait-il lorque ma mère me fit ce cadeau ? Hélas, je l’ignore…

Le musicien amateur que je suis, (…), a toujours été suivi par son violon. Et chaque fois que je le prends, je songe au beau travail de Nicolas, votre ancêtre, qui portait le même prénom que moi, et qui sculpta, rabota, exerça son art, il y a près de 200 ans, de sorte que, comme par magie, quand mes doigts ne sont pas trop rouillés, nous fassions ensemble un peu de bonne musique.

C’est mon histoire avec ce violon.

 

Grâce à Nicolas, je savais que l’art de « mon » Nicolas avait survécu aux vicissitudes du temps. J’ai contacté Monsieur Sarhan afin de savoir s’il pouvait m’apporter plus de précisions sur ce violon, mais je n’ai pas eu de réponse. Mon nouveau rêve un peu (beaucoup) fou ? Pouvoir retracer les 200 ans d’histoire du violon.

 

Nicolas me fit aussi parvenir un lien vers La Gazette Drouot. On y lit :

Il était toutefois devancé par notre violoncelle faisant résonner l’enchère la plus haute de la vacation. Fabriqué sous la monarchie de Juillet, il est l’oeuvre d’Augustin Claudot, descendant d’une importante lignée de luthiers mirecurtiens. Fils de Charles Ier Claudot, il apprend la lutherie sous la houlette de son père, puis, au décès de ce dernier, reprend la marque au fer dit Marquis de l’air d’oiseau. Réalisant des instruments à la facture soignée, Augustin Claudot a pour principaux collaborateurs ses deux frères, Nicolas et Charles II. Habilement construits, leurs violons et violoncelles émettent des sons d’une finesse juste. Usant d’essences bien choisies, la maison Claudot applique un vernis jaune tirant sur le brun orangé, à l’instar de notre modèle. Son originalité ? La table, fabriquée en épicéa, fut exécutée d’une seule pièce. Acheté par un amateur, il va derechef jouer des récitals et des aubades pour la plus grande joie des mélomanes. L’enchère la plus forte, 13 500 euros, résonnait sur un très joli violoncelle français, réalisé au milieu du XIXe par Augustin Claudot, Paris, 1832 ; présenté en bon état, il se distingue par une rare table en épicéa d’une seule pièce à cernes très larges et irréguliers. 

 

Certes Nicolas n’est pas cité, mais il s’agit de son frère et de ses neveux. Cela reste dans la famille.

 

Je n’ai pas de portrait de Nicolas Claudot. Mais j’ai peut-être mieux …

 

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Je remercie sincèrement Nicolas d’avoir partagé avec moi son histoire avec Nicolas Claudot, et de m’avoir envoyé les photos de son violon.

 

Sources

Laurent Grillet, Les Ancêtres du violon et du violoncelle. Les luthiers et les fabricants d’archets. (Paris : 1901), 312-313, Gallica

Maugin & Maigne, Nouveau manuel du luthier, ou Traité pratique de la construction des instruments à cordes et à archet… (paris : 1894), 110, Gallica