un Mariage d’amour ?

Pendant le challengeAZ, je découvre la vie de mon arrière-grand-père, Louis Simard. Aujourd’hui, je vous invite au mariage.

Assise à la table de cuisine, Marie ajuste le châle sur ses épaules. Le froid de l’hiver se fait sentir jusque dans le petit appartement de ses parents. Levée avant le soleil, elle lit encore une fois la dernière édition du Petit Parisien, parue la veille au soir. Son feuilleton préféré a une saveur toute particulière aujourd’hui. « La fiancée de Lorraine » pourrait être son surnom, elle, la fille des Vosges, venue à Paris avec ses parents et sa petite soeur, alors qu’elle n’avait que 6 ans.

 

 

Le Petit Parisien : journal quotidien du soir / Date d’édition : 1904-01-08

 

Aujourd’hui, tout juste âgée de vingt ans, la fiancée de Lorraine épouse le Titi parisien. Oh, ce ne sera pas une grande fête, ils ne peuvent pas se le permettre. Elle n’a qu’un salaire de journalière, et son fiancé gagne à peine de quoi les faire vivre lui, et sa mère. De plus, Marguerite, sa cadette, doit se marier dans quatre mois. Avoir deux filles qui se marient la même année, pour un petit serrurier et une couturière, c’est causer bien du souci, Marie en a conscience. Elle écrase une larme en s’imaginant dans une belle robe de mariée, comme on sait les faire au pays. Malgré tout, sa mère a tenu à lui confectionner une jolie tenue. « Ce n’est pas une fille, petite-fille, et arrière-petite-fille de couturière qui va se marier en guenilles ! » Avait-elle rugi lorsque Marie lui avait dit qu’elle ferait avec ce qu’elle avait.

 

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La robe de mariée, dont Marie a peut-être rêvé.

 

Son père vient la tirer de sa rêverie, sa mère l’attend pour l’aider à se préparer, c’est bientôt l’heure. Marie tenait à partager ce moment avec elle. C’est pour cela qu’elle est revenue passer la nuit chez ses parents, pas par convenance. On en n’est plus là. Elle habite depuis plusieurs mois déjà avec Louis, chez sa mère. Quitte à faire fi des convenances, on peut y ajouter ce mariage précipité. Inconsciemment, après avoir enfilé sa robe, Marie caresse tendrement son ventre. Elle l’aime déjà à en crever ce bébé, mais pour l’instant, cela reste le secret des futurs époux. Dans sept mois, si certains, et surtout certaines, font les comptes, ils auront compris la raison de leur précipitation.

Il est bientôt 10h00, il faut y aller. Toute la famille PIERRE, la future mariée, la première, se félicite que le temps pluvieux de la veille ait évolué dans le bon sens. Bien qu’il ne fasse qu’à peine cinq degrés, le temps se maintient au beau.

Deux kilomètres la séparent de la place Léon Blum. Les plus longs deux kilomètres de sa vie. Mille questions assaillent Marie : comment sera habillé Louis ? Fera-t-il l’effort d’être à l’heure pour une fois ?  Bien qu’il n’habite qu’à cinq cents mètres de la mairie, il est capable d’être en retard.

 

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Place Léon Blum, mairie du 11e arrondissement de Paris

 

Marie regrette qu’il fasse trop froid pour la marchande de fleurs. Une mariée sans bouquet n’est pas une vraie mariée. Ce n’est pas grave pense-t-elle. Ce qui importe, c’est d’avoir sa famille et ses amis auprès de soi.

Il est tout juste 10h30, elle rentre accompagnée par son père dans la salle des mariages. Louis est déjà là, il l’attend. La cérémonie peut commencer. Les parents sont-ils consentants ? Oui, ils le sont. Un contrat de mariage a été rédigé ? Non. Enfin, vient la question.

  • Louis Marcelin SIMARD, voulez-vous prendre Marie Anne PIERRE, ici présente, pour épouse (…) ?
    • Oui
  • Marie Anne PIERRE, voulez-vous prendre Louis Marcelin SIMARD, ici présent, pour époux (…) ?
    • Oui

 

« Voilà, c’est fait. Me voici Madame Simard maintenant. » Pense Marie en signant au bas de l’acte, juste au-dessous de son mari. Elle tend le stylo, émue, à ses parents, qui signent tous les deux, puis à leurs amis.

 

 

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Mariage Pierre SIMARD – Marie PIERRE / 9 janvier 1904 / Mairie 11e ardt Paris

 

Elle ne se doutait probablement pas à cet instant, que cette signature allait sceller un tout autre destin.