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Émotions aux archives

18 février 2021

Les archives sont source de nombreuses découvertes. Nous y retrouvons nos ancêtres, touchons du doigt les mêmes documents qu’eux. Les archives sont aussi un fort vecteur d’émotions.

Si vous avez eu la chance de vous rendre aux archives, vous savez de quoi je parle. Ce plaisir de toucher le même papier, de refaire la signature en la survolant du doigt. Mais les archives, ce ne sont pas que des documents.

Bien sûr, tout comme vous, je suis heureuse de retrouver un document ou de faire une découverte inattendue. Quel plaisir de prévoir sa matinée, pour finalement passer la journée en salle de lecture. Comme le petit Poucet, j’aime suivre les traces qui m’emmènent de la salle des Archives de Paris au Service Historique de la Défense. Étonnamment, ce n’est pas cela qui me plaît le plus. Au-delà de la découverte, ce sont les émotions qui me touchent le plus.

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Photo by Priscilla Du Preez on Unsplash

Les montagnes russes des émotions

Les découvertes que nous pouvons faire aux archives, nous transportent sur les montagnes russes des émotions.

J’ai éprouvé de la rancœur envers mon arrière-grand-père et de la peine envers mon arrière-grand-mère et son fils (mon grand-père) à la lecture de la lettre d’abandon. J’ai été fascinée par les différentes découvertes que les dossiers de clients m’ont permis de faire.

Mais la plus forte de toutes les émotions fut celle éprouvée pendant l’enquête que je menais sur Paule.

Paule était résistante. Elle a été envoyée à Ravensbrück. Je n’ai pas trouvé de dossier à son nom, mais je me suis plongée dans les archives pour essayer de comprendre ce qu’elle a vécu.

Lire les archives des camps de déportation, c’est passer de l’horreur à l’humour en une matinée. Pour la première fois, depuis que je visite les salles de lecture, j’ai dû faire une pause, submergée par les émotions.

Les fiches médicales, les témoignages, sont d’une indicible cruauté. J’entendais les voix de ces femmes, témoigner de ce qu’elles avaient subi. Mes mains tremblaient. À côté de cela, j’ouvre le journal tenu par les femmes du même baraquement que Paule. Et je souris. Avec beaucoup d’ironie et de force, ces femmes se donnent des conseils beauté, “Comment avoir une belle chevelure avec les poux ?”. Pour rester vivantes mentalement, elles pensent à l’avenir et expliquent comment tenir une ferme, quand planter tel ou tel légume.

C’est la découverte qui m’a le plus marquée aux archives. Ce ne sont pas tant les documents en eux-mêmes, mais les émotions qu’ils peuvent véhiculer.

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  1. Ma mère était une enfant posthume. En consultant l’acte de mariage de mes grand-parents, je n’ai pu me retenir de toucher la page où mon grand-père avait apposé sa signature en pensant à elle et en me disant que le contact que j’avais avec lui, elle ne l’avait jamais connu. C’était à la fois triste et très beau.

  2. Mon plus grand moment d’émotion a été celui de toucher le morceau de ruban accrochée à son habit quand elle a été déposée le 15 novembre 1827 à l’Hospice des enfants trouvés. Ce morceau de tissu collé dans le registre des enfants trouvés à côté de son “nom” trouvé par les soeurs hospitalières est le seul lien avec sa mère inconnue et toute cette branche qui restera inconnue. Rayé de couleur violette et doré, ce bout ruban explique finalement “l’identité” qui lui a été attribuée : Aure Mirtille (Aure pour le doré de l’Aurore et Mirtille pour la couleur de la myrtille)…

  3. Les copies de documents concernant la naissance de mon grand pére Alain Carbonnier, né à Paris rue de la forge royale, m ont permis de retrouver ses ancètres qui ne sont en aucun cas Parisiens,
    mais Bretons et de la presqu ile de Crozon.
    Sa maman était montée à Paris pour travailler, quelques mois plus tard elle est enceinte et son amant la laisse tomber.
    Elle ira accoucher chez une sage femme et un ébeniste qui ira déclarer Alain.
    Mon arrière grand mère fera tout son possible pour ne pas abandonner Alain (double des courriers en ma possession).
    Quand je relis l ensemble de ces documents je ne peux m empècher de penser à la détresse de
    mon arrière grand mère.
    Je relis souvent ces documents et regrette de ne pas avoir pu expliquer a mon grand père que sa manan l aimait et ne voulait surtout pas l abandonner.

  4. Moments intenses que ceux passés aux archives! Quelle émotion de voir les écritures et signatures de tous ces hommes de se dire qu’elles datent parfois de 300 ans ou plus ! Ma première émotion aux Archives : la découverte des livrets militaires (papier et non encore numérisés) de mon grand-père et de mon arrière-grand-père! Une autre émotion marquante : Découvrir tout le dossier (merci à l’archiviste qui l’avait préparé) de l’abandon de la grand-mère de mon mari, lire les lettres qu’elle avait écrites entre 7 et 18 ans aux inspecteurs de santé soit pour demander de ne pas changer de “nourrice” soit inversement et pourvoir admirer la progression de sa calligraphie et de son orthographe entre ces 2 âges! Découvrir les lettres échangées pendant la guerre 14-18 au sein des familles, entre familles et “autorités” locales, lettres de remerciements des réfugiés, …. mais hélas aussi lettres de dénonciation! Autant d’émotions en réponse à la fréquente remarque ” mais ça sert à quoi de savoir que l’on descend de Pierre, Paul, Jacques? … ou Jean ( mon cas sur x générations)!

  5. je viens de lire le billet, je n’ai plus que pleurer, car c’est ce que j’ai ressenti aussi au fil de mes trouvailles, moi pupille de la Nation, qui remonte d’abord le temps jusqu’en 1700 puis qui rebrousse chemin vers notre temps et qui retrouvent des vivants ! je me revois toucher les signatures de mes ancêtres.

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