Depuis lundi 5 décembre, le monde de la généalogie est en émoi. Le site « genealogie .com » fait sa mue. Changement de nom, changement de logo, changement de style, et nouvelle offre. Une révolution qui semble entraîner une révolte.  Est-ce pour autant justifié ?

De Genealogie.com à Filae. De 10 % de l’état civil indexé à 100 %. Noël avant l’heure pour les généalogistes ! Pourtant, cela ne semble pas faire la joie de tout le monde, bien au contraire. Le Français râleur ? Sûrement ! Avec raison, peut-être, ou pas.

Je vous propose de reprendre calmement les faits, en 3 étapes.

AVANT FILAE

Avant Filae, il y avait Genealogie.com, un des deux acteurs incontournables de la généalogie en ligne en France, avec Geneanet. Le principe était peu ou prou le même pour les deux : une base d’arbres en ligne, un forum, des données accessibles via un modèle gratuit ou payant.

Suite à une erreur de stratégie, Genealogie.com s’est attiré les foudres des services d’Archives, et des généalogistes, qui ont cru que la société voulait rendre payant, ce qui était de fait gratuit, à savoir, l’accès aux Archives. J’ai fait partie des généalogistes inquiets. Il est vrai qu’en France, nous sommes attachés à la gratuité de la généalogie. Preuve en est également, les débats qui ont suivi l’accès payant de quelques services d’Archives.

Il y a donc eu une période ou la société a fait profil bas. Ce n’est pas pour autant qu’ils ne travaillaient pas au développement de leur marché.

Car nous parlons bien d’une stratégie commerciale. Genealogie.com n’est pas une association loi 1901, qu’on se le dise.

 

PENDANT

Lundi 5 décembre, la mutation a eu lieu. Genealogie.com est devenu Filae.

« Ce lundi 5 décembre 2016, le portail a brusquement changé d’échelle. Il est passé de 10% à quasiment 100% de l’état civil français du XIXe siècle, interrogeable en ligne dans tous les départements métropolitains, à l’exclusion du Gard, du Gers, du Jura et des Hautes-Pyrénées. (1) »

Depuis le temps que les généalogistes se plaignent que les Archives en ligne ne soient pas indexées, je pensais que ce serait la fête au village. Au lieu de cela, c’est le bourdon que j’entends. Pourquoi tant de critiques ? Essayons de les lister :

  • Malgré le changement de nom, il s’agit de Genealogie.com, à savoir le Diable
  • Ils ont aspiré les données des sites d’Archives, quelle bande de voleurs sans morale
  • Ils annoncent un essai gratuit de 15 jours, mais il faut laisser son numéro de carte bancaire, ce qui prouve qu’il s’agit d’une bande de voleurs
  • C’est une solution pour les fainéants, il n’y a pas d’intérêt à faire sa généalogie en deux temps trois mouvements.

Reprenons.

  • Non, Genealogie.com n’est pas le Diable, et Geneanet l’Ange. Ce sont deux sociétés commerciales, qui ont des stratégies, qui les mettent en action, avec plus ou moins de succès. C’est le lot de toute société. Là où le bât blesse, c’est que le public français retiendra plus volontiers les échecs que les succès.

 

  • Non, ce ne sont pas des bandits de grand chemin, ou devrais-je dire, de bande passante, qui aspirent tout ce qu’ils trouvent. Il y a une brèche dans la loi Valter (1), ils s’y sont engouffrés. C’est de bonne guerre. Je souligne qu’ils ont retenu la leçon des erreurs passées, et communiqué auprès des services concernés.

 

  • Non, ce ne sont toujours pas des bandits qui vous demandent vos coordonnées bancaires pour vider votre compte. Encore une fois, nous avons à faire à une société commerciale. Ce ne sont pas les premiers, ni les derniers, à demander les coordonnées bancaires au moment de l’inscription, même s’il y a une période de gratuité. Ils comptent sur la mémoire courte des nouveaux abonnés. C’est aussi de bonne guerre. Quand Amazon a lancé son service Premium, le principe était le même. J’ai laissé mes coordonnées pour profiter de l’envoi en 24 heures d’un livre. Le mois suivant, quand j’ai été débitée du premier mois d’abonnement, je me suis mordu les doigts, et je me suis désabonnée. Si c’était Apple qui proposait le même principe pour tester pendant 7 jours, le dernier iPhone, personne ne trouverait à redire. Nous vivons dans une société commerciale. Plutôt que de le renier, pourquoi refuser de s’adapter ? Laissez vos coordonnées, profitez des 14 jours pour exploiter à fond les informations, faites des listes, et mettez un rappel pour le 15e jour, où vous annulerez votre abonnement.

 

  • Pourquoi refuser un coup de boost dans sa généalogie ? Il y a tout de même eu beaucoup de retours positifs. Des généalogistes heureux d’avoir pu débloquer une branche coincée depuis des mois, voire des années. En outre, si cela amène des débutants à s’intéresser à leurs ancêtres, où est le mal ? Parce qu’ils n’auront pas commencé comme nous, à la lumière d’une bougie, à rédiger leur arbre avec une plume d’oie ? Soyons sérieux ! C’est l’évolution normale de notre passion, et pour mon cas, de mon métier.  En outre, si vous faites partie de ceux qui se révoltent de cette nouvelle façon de faire la généalogie, avez-vous compris qu’il ne s’agissait que de l’état civil du 19e siècle ?

 

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Moi, lisant les commentaires sur les réseaux sociaux…

APRÈS

Le milieu de la généalogie bouge, et c’est tant mieux ! Nous avons sur le marché deux offres complémentaires. A vous de faire votre choix entre toute objectivité 😉

Geneanet propose une nouvelle formule à partir du 1e janvier 2017. Filae nous offre la possibilité de retrouver facilement un ancêtre voyageur. Profitons-en ! Collaborons plutôt que de râler. Osons demander une recherche ponctuelle à quelqu’un qui a un abonnement, offrons notre aide en retour sur un autre département, ou un autre sujet.

Comment vont réagir les services d’Archives ? Je ne sais pas. Filae a réussi là où ils ont, soit échoué, soit pris le train trop tardivement, à savoir le domaine de l’indexation. L’indexation de Filae n’est pas parfaite, mais celle des associations, comme celle de tout bénévole ne l’est pas non plus.

Certaines associations enverraient déjà des courriels à leurs adhérents, dénigrant le service offert par Filae. Comme je l’avais déjà abordé dans le sujet sur l’indexation, ce n’est pas en se plaignant que les choses bougent. C’est en prenant les choses en main, en réfléchissant sur l’offre complémentaire à offrir, en innovant, que nous avançons.

Thomas parle d’ubérisation de la généalogie, et s’interroge sur l’avenir des professionnels. Je ne me fais pas de soucis. Car beaucoup semblent oublier qu’il ne s’agit que de l’état-civil du 19e siècle, dont les données sont en ligne. Cela laisse encore quelques départements de secours, sans parler des techniques de recherches, des connaissances en paléographie, de la recherche au-delà du 19e siècle, et au-delà de l’état civil. N’oubliez pas que nos ancêtres sont bien plus qu’une liste d’indexation.

En conclusion, je ne vous cacherai pas ma déception à la réaction du milieu généalogique face à l’évolution de Filae. De mon côté, je me réjouis d’une telle annonce. Cela montre que la sphère généalogique française bouge, innove. Alors j’encourage Filae, Geneanet, FamiCity, Heredis, Geneatique, à continuer à innover, essayer, se tromper, recommencer, car c’est la clé du succès.

 

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(1) Guillaume de Morant. La Revue française de généalogie. « Filae révolutionne la généalogie sur Internet ». Publié le 6 décembre 2016. http://www.rfgenealogie.com/s-informer/infos/medias-web/filae-revolutionne-la-genealogie-sur-internet