En tant que généalogistes, nous nous attachons à préserver, identifier, faire parler les photos de nos aïeux. En tant qu’individus connectés, nous saturons la mémoire de nos smartphones avec nos photos du quotidien. Qu’en est-il des photos de notre enfance ?

Je ne me souviens pas de mon enfance. C’est ainsi. Lorsque ma fille me demande de lui raconter comment étaient les Noëls chez Papi Mamie, je suis incapable de lui raconter quelque chose de précis.

J’ai subi un traumatisme dans ma jeunesse. Mon cerveau a bien fait son travail. Il a bloqué cette période, transformée en une sorte de brouillard. Mais dans son emballement, il a un peu trop bien travaillé. Mes souvenirs d’enfance ressemblent aux souvenirs que nous pouvons avoir d’un livre lu il y a longtemps. Nous nous souvenons des grandes lignes, mais nous sommes incapables d’être plus précis sur l’histoire, ou les personnages.

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Je me souviens que nous devions attendre que mon père ait allumé le sapin, avant d’avoir le droit de rentrer dans la salle à manger. C’est tout. Cette guitare ? Je ne m’en souviens pas. Je l’ai écrasée en faisant une marche arrière avec mon vélo, quelques jours plus tard. Ce souvenir détaillé, est un souvenir induit. Il m’a été dit. Comme tous les souvenirs précis que j’ai.

Alors, pour que ma fille sache quelle enfant j’étais, je regarde ces photos avec elle, et je lui raconte les deux côtés de l’histoire : ce qui m’a été dit, et ce dont je me souviens. Mes souvenirs concerneront plus l’environnement, le sapin, le papier peint, le style de meubles. Il en est de même pour la photo ci-dessous. Je vous dirais que j’étais l’enfant la plus courageuse, la seule qui ait voulu donner à manger à la girafe, mais il s’agit d’un souvenir induit.

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Sortir les photos des albums

Pourquoi est-ce que je vous dis cela ? Parce qu’en tant que généalogiste, j’essaye régulièrement de retrouver l’histoire qui se cache derrière les photos anciennes. Parce qu’en tant que photographe passionnée et connectée, j’ai beaucoup de photos numériques, dans des albums aux titres précis et datés ; chaque photo étant elle-même nommée avec une date, un lieu, le nom des personnes présentes (si pas plus de deux). Parce que ces photos sont aussi imprimées dans des albums avec des commentaires.

Mais entre les deux ? Entre les photos anciennes, et les photos numériques ? Quels souvenirs vais-je laisser à ma fille, à mes descendants potentiels ?

Nous sommes entre deux extrêmes. D’un côté, nous nous précipitons à traiter nos photos numériques, pendant que la mémoire est fraîche. D’un autre côté, nous nous acharnons à identifier des lieux, des noms, des dates, sur de vieilles photos. Photos qui, parfois, ne font même pas partie de  notre histoire familiale. Mais qu’en est-il du milieu ? Quels souvenirs de votre enfance allez-vous laisser ?

La mémoire s’efface trop vite, je ne peux qu’en témoigner.

Alors, je vais rassembler le peu de photos en ma possession, et pour chacune d’entre elles, j’y associerai une fiche avec mes souvenirs, et ceux qui m’ont été rapportés. Puis je numériserai le tout, au cas où.

Pour qu’il reste quelques traces de mon enfance.