Qui est plus chauvin qu’un Français ? Un Breton ! Vous ne me croyez pas ? C’est ce que laisse à penser Rémy PENNEG, du site NHU Bretagne. Un chauvinisme qui, soyons honnête, frise le ridicule. Quel rapport avec la généalogie ? La Bretagne bien sûr !

 

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Dans un article publié le 16 février 2017, Rémy PENNEG explique pourquoi la Bretagne est passionnée de généalogie (1).

Jusque là me direz-vous, rien d’anormal. La généalogie est une passion française. Il est normal que la Bretagne soit aussi concernée, même les irréductibles Gaulois.

Vous avez été nombreux, et nombreuses à réagir sur les réseaux sociaux, à ce texte. Vous avez eu raison.

Peut-être mes racines bretonnes sont moins prégnantes que celles de l’auteur, mais je crains qu’il n’ai publié un texte sans connaître son sujet. Pourquoi ? Reprenons les explications de Rémy PENNEG :

D’abord, les populations bretonnes forment, beaucoup plus qu’ailleurs, une communauté consciente et solidaire. Déjà par sa position géographique de quasi presqu’île. Tournée vers son ouest quand la France l’est de l’autre côté. Cette sorte d’isolement à forgé un état d’esprit particulier. L’état d’esprit d’une communauté où le lien social reste très puissant. Où la cohésion, presque ethnique, est encore très présente. Ainsi donc, ces conditions exceptionnelles créent, chez nous plus qu’ailleurs, le besoin de savoir d’où l’on vient.

Je découvre que la Bretagne est une presque presqu’île. Je n’ai pas ce sentiment quand je me rends à Saint-Malo, où je visite les terres de mes ancêtres à La Bouëxière, mais je n’ai peut-être pas reçu le mémo …

Les Bretons ayant un fort esprit de cohésion, ont besoin de savoir, plus que toute autre personne, d’où ils viennent. Si je réponds « de Bretagne », serais-je trop sarcastique ?

 

Enfoncer le clou …

Les populations bretonnes ont des racines, et elles en ont parfaitement conscientes. Quand on sait qu’on appartient à un peuple, à une communauté, qui a des racines; on veut tout simplement mieux les connaître.

Il ne viendra pas à l’esprit d’un réfugié trop loin de chez lui d’entreprendre sa généalogie. Un être humain déraciné est comme un arbre déraciné, perdu.

Au contraire, de nombreuses études montrent, que plus le lien est défait, plus l’envie de connaître ses racines est fort. C’est lorsque que l’être est déraciné, de quelque façon que ce soit, que l’envie de savoir d’où l’on vient est importante. Je connais peu de personnes, bien installées dans la vie, avec une famille nucléaire depuis des générations, qui éprouve ce besoin de savoir. Pour elles, cela est une évidence. Pour les déracinés, les sans familles, sans mère, sans père, le besoin est là, tenace, dans les entrailles.

 

Les Bretons, sédentaires ou grands voyageurs ?

Durant les siècles passés, nos populations bretonnes restaient très sédentaires ou voyageaient vers des contrées très lointaines. Le plus souvent de manière définitive, sans retour possible. En outre, pour celles et ceux qui restaient, changer de paroisse était déjà une aventure. Par ce fait, il est sans doute plus facile en Bretagne, de retrouver ses ancêtres.

 

Tout généalogiste sait que nos ancêtres non bretons sont insaisissables, tellement ils se déplaçaient …Est-ce que Paris compte comme contrée très lointaine pour la diaspora bretonne ? Dommage que mes grands-parents ne soient plus là, ils auraient pu me parler de ce grand voyage. Je demanderai à mes amis bretons (coucou Maïwenn…)

 

Gardons le meilleur pour la fin …

Une autre raison, capitale, de ce goût pour la généalogie en Bretagne, tient au clergé. Durant des siècles, c’est le clergé qui a tenu les registres paroissiaux. Mieux que presque partout ailleurs. Car les communes et l’administration civile n’existent pas encore. Et en Bretagne, la religion catholique est très puissante. Chaque enfant est baptisé. Et chaque baptême est enregistré avec plusieurs informations essentielles pour remonter le temps. Il en sera de même pour tous les évènements de la vie que sont le mariage et l’enterrement. Ces évènements sont religieux et donc enregistrés dans les paroisses. C’est grâce à cela que nous possédons en Bretagne des registres anciens et très bien tenus.

Si, la première partie de l’article ne vous a pas fait fuir, ce dernier paragraphe a de quoi achever tout généalogiste, et archiviste.

Je doute que Rémy PENNEG ait un jour fait sa généalogie. Ou, il a la chance d’avoir des ancêtres qui n’ont pas bougé, et ont été chouchouté par un curé consciencieux. Ce qui n’est pas mon cas en Ille-et-Vilaine. Au choix, je vous propose « Aujourd’hui, j’ai baptisé Pierre Goupil, il a eu pour parrain Pierre Goupil, et pour marraine Marie Poirier qui n’ont signé » (ils s’appellent tous Pierre Goupil dans le village). Le curé n’a pas reçu la note concernant les informations essentielles… Ou l’acte très bien tenu (j’ai trouvé pire, rassurez-vous) :

 

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4 avril 1729 ; Baptême Guerault Francois ; Le Theil de Bretagne ; AD Ille-et-Vilaine

 

Bref, vous aurez compris au ton de mon billet, que je ne suis absolument pas d’accord avec cet article.

Outre le fait qu’il énonce des inepties, et que son auteur ne connaît pas le sujet, il tient des propos qui vont à l’encontre de l’esprit généalogique. Que l’on soit Breton, Auvergnat, Vosgien, réfugié, déraciné, ou ancré dans ses terres, aucun n’est meilleur généalogiste que l’autre, aucune région n’a inventé la généalogie, ou les archives.

La généalogie, ce n’est pas un concours de « c’est moi qui est le plus beau » ou « c’est moi qui est la plus grosse ». La généalogie, c’est retrouver l’humain dans ce monde brut, c’est prendre le temps de découvrir, d’écouter l’autre, de comprendre qu’il ne faut pas juger au premier regard.

Voilà la généalogie que j’aime.

 

(1) Rémy PENNEG, « Retrouver ses ancêtres, une passion en Bretagne. Pourquoi ? », NHU Bretagne, publié le 16 février 2017, https://www.nhu.bzh/bretagne-genealogie/