Ouvrier électricien

Pendant le challengeAZ, je découvre la vie de mon arrière-grand-père, Louis Simard. La première et la dernière mention de sa profession dans les archives le situent comme étant cocher / chauffeur. Entre temps, Louis a exercé une autre profession, n’ayant aucun rapport avec son métier d’origine. Il était ouvrier électricien.

 

Tout comme sa vie, les métiers exercés par Louis Simard, sont entourés de mystère. De cocher, le voici ouvrier électricien, puis cocher, ou les deux en même temps, et enfin chauffeur. Si le lien entre cocher et chauffeur semble évident, comment Louis a-t-il pu devenir ouvrier électricien ?

 

La découverte

 

Dans le rapport d’enquête, daté du 7 novembre 1910, et adressé par le Préfet de Police de Paris au Directeur de l’Assistance Publique, il est indiqué que Louis travaille en qualité d’ouvrier électricien, à la Maison Devilaine & Rougé, dont les bureaux sont situés au 47 de la rue Saint-André-des-Arts, à Paris. Louis est alors attaché aux ateliers de cette maison à la Courneuve. Qui faisait-il ?

 

 

 

Lorsqu’il abandonna son fils Marcel, les employés de l’hospice des enfants assistés interrogèrent le petit. Il répondit que son père habitait près de l’Hôtel de Ville, et travaillait dans les chemins de fer.

 

 

La vérification des faits

 

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Situation du logement de Louis Simard par rapport à l’Hôtel de Ville

 

Dire que Louis vivait près de l’Hôtel de Ville, semble plausible. Neuf cents mètres, à parcourir en ligne droite, le séparaient de son appartement de la rue Saint-Antoine à la Mairie du 4e arrondissement.

 

Mais pourquoi Marcel a-t-il déclaré que son père travaillait dans les chemins de fer ?

Les employés de la maison Devilaine & Rougé étaient détachés sur différents chantiers, comme aux grands magasins du Printemps, en 1924. Louis était-il détaché dans un atelier de la société des chemins de fer ? Peut-être celui situé non pas à la Courneuve, mais à Saint-Denis, à trois kilomètres de là.

 

 

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Crédit photo : Poulpy – Sous licence Creative Commons 3.0 / Source Momentum

 

Il est aussi possible que Louis fut détaché sur un chantier d’une des nombreuses sociétés installées près de la voie de chemin de fer. Peut-être a-t-il voulu couper court aux questions de son fils en lui répondant qu’il travaillait dans les trains.

Toujours dans le rapport du Préfet de Police, les gages de Louis sont précisés. Nous apprenons qu’il gagnait de 7 à 8 francs par jour. Nous avons vu dans un précédent billet que c’était une moyenne basse.

 

Alors que je recherchais des informations sur la maison Devilaine & Rougé, j’ai trouvé dans le journal l’Humanité, la mention d’une grève des électriciens de cette société.

 

L’Humanité / Edition du 7 février 1924

 

 

J’ai été interpellée par les revendications salariales. Certes, Louis y travaillait en 1910, mais comment un salaire d’un ouvrier électricien a-t-il pu passer de 8 francs par jour, à une revendication de 4 francs de l’heure ? Nous sommes après la Première Guerre mondiale, l’heure est plutôt à la dévaluation du franc, qui aura lieu en 1928, qu’à la revalorisation.

 

Ironie de la situation, moi qui ai toujours été fâchée avec les cours d’électricité au collège, me voici partie à éplucher tous les livres, manuels et autres études sur le métier d’électricien, afin de comprendre cet écart.

 

La réponse viendra de la « Revue générale de l’électricité », publiée le 6 janvier 1917. A la page 317, nous y trouvons « La réglementation des salaires pour les fabrications de guerre ». Il y est précisé que « l’auteur examine, article par article, le règlement des salaires pour les fabrications de guerre dans la région parisienne, et il étudie dans quelles conditions cette réglementation est applicable, en particulier dans les usines des constructeurs électriciens. »

Certes, dans le cas de Louis, nous ne sommes qu’en 1910, mais cela reste, je pense, une base acceptable.

Ainsi, en étudiant la grille du tarif minimum de base, nous découvrons qu’un homme, considéré non professionnel, et affecté à l’affûtage, gagnait 0,80 francs de l’heure ; sur une base de 10 heures par jour, nous atteignons le salaire de Louis, tel qu’il est précisé dans le rapport de la préfecture de Police, à savoir de 7 à 8 francs par jour.

 

 

 

 

La notion de « non professionnel » est importante pour moi. Je me demandais, comment de cocher, il avait pu devenir ouvrier électricien. A moins d’avoir suivi une formation, ce qui, au vu des éléments sur Louis, me paraît peu probable, je ne comprenais pas ce changement.

 

Dans le billet concernant ses gages, je m’interrogeais sur la raison de son changement de profession. A-t-il cherché à gagner plus pour nourrir sa famille en prenant le premier boulot mieux payé que le précédent ? A-t-il été licencié ? Ces questions resteront sans réponse.

 

Au final, je n’ai pas de certitudes, que de fortes présomptions. Néanmoins, en croisant les sources, en cherchant à répondre à toutes mes interrogations, je pense m’être approchée de la vérité. Une démarche que je vous encourage à suivre dans toutes vos recherches. Ne cessez jamais de questionner ce que vous trouvez, ne cessez jamais de chercher les réponses.

 

Sources

« Découvrir la Courneuve » / Publié par la ville de la Courneuve, consulté le 12 juin 2016. URL : http://www.ville-la-courneuve.fr/LC_idocs/decouvrir_histoire/histoire_bref.php

Evelyne Lohr, « Le paysage ferroviaire en Seine-Saint-Denis, un enjeu patrimonial et urbain », Revue d’histoire des chemins de fer [En ligne], 32-33 | 2005, mis en ligne le 16 mai 2011, consulté le 12 juin 2016. URL : http://rhcf.revues.org/584

Sophie Boudarel, « Gages (le salaire de Louis) », La Gazette des ancêtres, mis en ligne le 8 juin 2016. URL : http://la-gazette-des-ancetres.fr/gages-salaire-de-louis/

Gallica, « L’Humanité », édition du 7 février 1924, consulté le 12 juin 2016. URL :  ark:/12148/bpt6k401220c 

Gallica, « Revue générale de l’électricité : organe de l’Union des syndicats de l’électricité » / directeur J. Blondin ; rédacteur en chef Alfred Soulier, édition du 6 janvier 1917, consulté le 12 juin 2016. URL :  ark:/12148/bpt6k6580510q