de Cocher à Chauffeur

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Lorsque j’ai commencé à enquêter sur Louis, je savais que je ne voulais pas me contenter de ce que m’apprenaient les documents. Il fallait que je le situe dans son environnement, que je comprenne le personnage.

Entre 1898 et 1904 ou 1907, Louis est cocher à Paris. Un métier qu’il délaissera pour ensuite être ouvrier électricien. A-t-il pu être les deux à la fois ? Ouvrier électricien et cocher ? J’en doute, mais le rapport de police établit suite à l’abandon de son fils, le déclare une première fois comme étant cocher, puis électricien, la page suivante. Je reviendrai sur cette partie de sa vie dans O comme Ouvrier électricien, et R comme Rapport de police.

 

Avec les éléments déjà en ma possession, difficile pour moi de m’imaginer mon arrière-grand-père, en tenue de cocher, aimable et serviable avec la clientèle.

 

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La course des anciens fiacres : un digne cocher / Agence Meurisse (Gallica)

 

En quoi consistait le métier de cocher dans le Paris du début du 20e siècle ?

Pour devenir cocher de fiacre, il fallait demander l’autorisation de conduire une voiture dans Paris à la Préfecture de Police. Le candidat devait fournir les documents suivants
  • Acte de naissance ou de mariage
  • Certificat de moralité et de résidence
  • 2 photographies (1 épreuve, et 1 sur carton)
  • Extrait de casier judiciaire

 

Malheureusement, le permis de cocher, s’il y en a eu un pour Louis, n’est pas dans les Archives de la Préfecture de Police. Toutefois, si vous avez un ancêtre qui a été cocher, avec un peu de chance, vous pourrez retrouver le permis avec la photo.

 

L’examen consistait en un contrôle des connaissances topographiques de la capitale, des règlements de police concernant la voiture, et de la capacité à atteler et dételer un cheval.
Le recrutement se faisait principalement dans la masse des ouvriers chômant.

 

Il existait cinq types de cochers
  1. Les cochers des grandes compagnies. Ce sont les plus assidus au travail. Leur tenue et matériel sont les préférés des Parisiens.
  2. Les cochers de loueurs. Il s’agit de travailleurs sédentaires, originaires de Paris.
  3. Les cochers de coopératives. Ces sociétés indépendantes sont décrites comme déficitaires en 1891 suite à une mauvaise gestion.
  4. Les cochers de remise. Pour la plupart, il s’agit de cochers ayant servi en maison bourgeoise.
  5. Les cochers “mistouflards”. Ce sont les plus malheureux de la corporation. L’âge et la vieillesse en font les parias de la société. On les trouve gare de Lyon, d’Orléans et Saint-Lazare. Leur matériel, ainsi que leur cheval sont en mauvais état, et n’inspirent pas confiance.

 

Dans quelle catégorie évoluait Louis ? Je le vois mal en cocher de grande compagnie, ou de maison bourgeoise. Trop jeune pour être un “mistouflard”, il est possible qu’il fut cocher de loueurs.

 

Si votre ancêtre était cocher de maison bourgeoise, je vous recommande de consulter l’annuaire de la Société de secours mutuel des cochers et conducteurs d’automobiles.

Cette société créée en 1866 avait pour objet de
  • Venir au secours des sociétaires réduits à un état de détresse
  • Payer une indemnité le temps de la maladie
  • Donner les soins du médecin et des médicaments
  • Pourvoir aux frais funéraires
  • Venir au secours des veuves et des orphelins
L’admission se faisait en Assemblée Générale. Pour pouvoir postuler, il fallait être
  • Cocher de maison bourgeoise, habitant le département de la Seine
  • Âgé entre 21 et 45 ans
La société versait une pension de retraite de 10 francs par année de présence à la société. On trouve dans l’annuaire de la Société de secours mutuel des cochers et conducteurs d’automobiles, la liste des pensionnés de l’année. Cette liste donne le NOM (Prénom), lieu de naissance, âge et date anniversaire, ainsi que le nombre d’années de présence à la Société de secours.

 

Il semblerait que, sur la fin de sa vie, Louis soit revenu à son premier métier, avec les évolutions technologiques que le début du 20e siècle impliquent : de cocher, il est devenu chauffeur.

 

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous cet article, publié dans le Figaro (journal non politique) du 2 juin 1890. Il y est question de l’utilisation de compteur, souhaité par les cochers, décriés par la population …

 

Sources :

La Voie Publique, numéros de 1891 (consultés à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris)

Annuaires de la Société de secours mutuel des cochers et conducteurs d’automobiles (consultés à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris)

Commentaire (9)

  • THOMAS Boris| 7 novembre 2018

    Bonjour
    Existait-il des lieux de résidences communes à Paris pour les cochers originaires de Corrèze? Du côté de mon arrière grand-père Antoine THOMAS né en 1870 je trouve beaucoup de collègues à lui qui habitaient au 10 et 12 rue Pérignon à Paris tous originaires de Sornac ou Saint Setiers en Corrèze.

    • Sophie| 7 novembre 2018

      Bonjour,
      Pas à ma connaissance. Mais les “provinciaux” se retrouvaient souvent dans les mêmes quartiers, voire les mêmes maisons, lorsqu”ils montaient à Paris.
      Il faudrait également rechercher ce qu’il y avait à cette adresse. Peut-être une écurie avec des logements pour les cochers ?

      Sophie Boudarel

  • Gages (le salaire de Louis) ~ La Gazette des Ancêtres| 8 juin 2016

    […] Nous avons vu quelles étaient les conditions pour être cocher à Paris au début du 20e siècle (de Cocher à Chauffeur). Nous verrons à l’occasion du O, ses conditions de travail en tant qu’ouvrier […]

  • Raymond| 5 juin 2016

    Question peut-être indiscrète, pourquoi le C a-t-il été écrit en pensant à Charles Hervis ? Il arrondit ses fins de mois en faisant le chauffeur ?

    • Sophie| 6 juin 2016

      Non ! Quoi que je ne sais pas 😉 Son arrière-grand-père était aussi cocher à Paris !

  • Séverine Rose| 4 juin 2016

    C’est passionnant !
    et l’article du Figaro tout particulièrement intéressant ..
    à bientôt
    Séverine

    • Sophie| 4 juin 2016

      Merci Severine ! C’est toujours très riche d’enseignements de se plonger dans la presse ancienne ?

  • Guillaume| 3 juin 2016

    J’ai appris beaucoup de choses à la lecture de cet article, qui m’intéresse particuliérement car il se trouve que j’ai un grand oncle qui fut cocher à Oran à la fin du XIXe siècle : je n’ai jamais cherché à creuser plus que cela, mais ton article me motive à le faire, bien que la société coloniale diffère certainement (en termes de sources disponibles j’entends) de la capitale parisienne. Il n’empêche que je me le note dans un coin.
    A bientôt,
    Guillaume

    • Sophie| 3 juin 2016

      Merci Guillaume. En fait, il faut être curieux et fouiller un peu partout. Commence par Gallica, il y a pas mal de publications sur l’époque coloniale, tu devrais trouver quelque chose.

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