Après la lecture d’un article intitulé Pourquoi connaître le passé n’aide pas à comprendre le présent, je me suis interrogée sur ma pratique de la généalogie, et plus particulièrement sur ce qui m’avait poussée à commencer des recherches et aujourd’hui, la raison pour laquelle je continue.

 

Nicolas Simon a publié un article très intéressant sur le site ParenThèses. Sous le titre Pourquoi le passé n’aide pas à comprendre le présent, il reprend et analyse une réflexion de l’historien Jean Stengers (1922-2002).

Selon Jean Stengers affirmer qu’analyser le passé sert à comprendre le présent est une tautologie. Non seulement, cela ne sert à rien, mais serait presque un non-sens. Étudier le passé nous permet de comprendre la représentation que nous nous en faisons dans le présent.

C’est cette affirmation qui m’a amenée à réfléchir sur mon rapport à la généalogie.

 

Pourquoi ai-je commencé ma généalogie ?

Comme beaucoup de généalogistes, je répondrais pour savoir d’où je viens. En fait, ce n’est pas vrai. Plutôt que de savoir d’où je viens, j’ai été poussée par la curiosité. La curiosité de savoir qui étaient ceux avant moi. Qui étaient-ils ? Comment vivaient-ils ? Quels furent leurs parcours ?

D’aussi loin que je me souvienne, je me suis posé ces questions. D’abord devant un portrait, chez ma grand-mère, puis, quelques années plus tard, le nez plongé dans un sac à main. Ce sac noir était rempli de photos en noir et blanc. Des gens étaient sur ces photos. Qui étaient-ils ? Ce microcosme de ma vie dans ce petit sac m’a toujours intriguée. Je prenais même le risque de me faire surprendre et disputer, car je n’avais pas le droit de regarder dedans. Bien évidemment, cela ne faisait qu’accroître ma curiosité.

Je ne saurais jamais qui étaient ces hommes et ces femmes. Des membres de ma famille, des amis, des inconnus ? Ma mère m’a avoué avoir jeté le sac et son contenu, sans jamais me révéler ce que représentaient ces photos.

J’ai commencé la généalogie parce que j’avais une certaine représentation de mes aïeux, et je voulais savoir si le peu qui m’avait été transmis, la représentation que je m’en faisais, étaient vrais.

 

Aujourd’hui, quel est mon rapport à la généalogie ?

Dès le début de mes recherches, j’ai compris que non seulement étudier le passé ne servait pas à comprendre le présent, mais aussi que la représentation que je m’en faisais, que nous nous en faisions, était faussée par nos propres valeurs. Peu à peu, mon rapport à la généalogie, ma façon de chercher ont donc évolué.

 

« Si le but du chercheur est bel et bien de comprendre le présent, alors « ce qu’il importe de connaître n’est pas du tout le passé, reconstitué avec un maximum de soin et d’exactitude, mais bien l’image que les hommes se font du passé » »

 

« L’image que les hommes se font du passé ». N’est-ce pas aussi le cas du généalogiste ? Nous nous faisons une image de notre passé, de nos ancêtres. Nous les idéalisons.

Je commence toujours mes cours de généalogie par cette phrase « Oubliez ce que vous pensez savoir sur vos ancêtres ». De même, lorsque je suis contactée par un client qui veut que je mène une recherche sur la base d’une histoire transmise de génération en génération, je réponds toujours « Attendez-vous à être déçu(e) ».

Si vous n’êtes pas prêt(e) à revoir l’image que vous vous faites du passé, ne commencez pas la généalogie, vous serez déçu(e).

Comment faire ? Me direz-vous. Nous avons grandi avec des histoires, ou légendes, familiales. Nous avons une vision de l’histoire qui nous a été enseignée, transmise, à un instant T, alors que prévalait une certaine vision du monde. Comment ne pas transposer ceci sur nos recherches généalogiques ?

 

Oublier ce que l’on sait

Comme Jean Stengers qui essayait de faire comme s’il ne connaissait pas le passé afin de ne pas être « pollué » par ses connaissances, je débute chaque nouvelle recherche, qu’elle soit pour un client ou personnelle, avec une feuille blanche en tête.

J’oublie tout ce que j’ai pu apprendre, ou lire, à mes débuts : nos ancêtres bougeaient peu, tous établissaient des contrats de mariage, du plus riche au plus pauvre, l’Église régnant en maître, ils étaient sages comme des images, etc.

Après quelques recherches, vous découvrez que tout cela est faux, de même que les histoires qui ont bercé votre enfance, soit elles étaient romancées, soit il manquait un pan du récit..

(…) c’est donc davantage un « complexe d’idées, pas toujours bien définies » qui constitue notre rapport au présent et pas vraiment « le passé authentique » dans le sens de véridique historiquement parlant (…)

 

Comment je mène mes recherches aujourd’hui

Je cherche, je fouille, je mène l’enquête. Je reconstitue minutieusement la vie des individus, tout cela sans à priori. Alors que Jean Stengers affirmait qu’il fallait oublier le passé pour comprendre le présent, j’essaie d’oublier le présent, pour comprendre le passé de mes, de vos, ancêtres.

 

Nicolas Simon, Pourquoi le passé n’aide pas à comprendre le présent, publié sur ParenThèses le 7 août 2017, http://parenthese.hypotheses.org/1920

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