Vente de meubles

challengeAZ, Saisdubreil, Ille-et-Vilaine, généalogie, Bretgane, acte notarié

À l’occasion du challengeAZ, je vous emmène, grâce aux actes notariés, sur les traces de mes ancêtres Saisdubreil, originaires de La Bouëxière en Ille-et-Vilaine. V comme Vente de meubles..

Vente. Échange d’un objet contre un prix en argent. La vente d’une terre. Contrat de vente. Procéder à la vente et adjudication. Aller aux ventes publiques.  [Émile Littré: Dictionnaire de la langue française (1872-77)]

Deux ans de vie commune. C’est ce que regarde une dernière fois Marie Rose Bouessay, sa petite Marie Rose dans les bras. Deux ans de vie commune qu’elle voit partir. Elle n’avait pas le choix. Comment continuer à tenir la ferme, seule, avec un bébé de 2 ans ? Une rage sourde l’étreint. Elle qui n’a pas connu sa mère, morte alors qu’elle n’avait pas un mois, regarde sa fille, qui ne connaîtra pas son père.

Pierre Julien Saisdubreil est mort le 20 septembre 1867, 11 mois après la naissance de sa fille. Il n’avait que 32 ans.

Marie Rose repense aux enchaînements de ces trois dernières années. Mariée en novembre 65, mère en octobre 66, veuve en septembre 67. Sentant les larmes monter, elle préfère voir cette vente de meubles comme un nouveau départ, pour elle et sa fille.

Vente de meubles au Désert

Ils sont venus nombreux, ce 21 avril 1868. Les curieux et les intéressés. Le notaire leur rappelle que ceux qui achètent auront trois mois pour payer la somme, sinon ils seront soumis à des intérêts. Tout y passe, tout ce qui composait le quotidien de la ferme.

Les deux bœufs sont adjugés à François Rimasson, pour 506 francs. Perrine Pavy, la seule femme parmi les adjudicataires, repart avec une vache, achetée 152,50 francs. Frédéric Cottin, Henry Guilard, Pierre Jeuland et René Jouannot achètent les quatre vaches restantes.

Marie Rose a le cœur serré quand elle voit sa chère jument partir avec avec le fils Chauvel. Sans bête, à quoi bon garder les ovales (1) ? Jean Marie Coulon en achète trois pour 3 francs, François Lermenier prend la dernière pour 2,35 francs. Il en va de même pour les brides et le grelot. Des souvenirs partis pour 3,60 francs.

Les graines de chanvre, le ray-grass, le bois, le soc, les herses, bref tout ce qui fait vivre la ferme repartent vers d’autres fermes.

Les objets du quotidien aussi s’en vont vers une autre vie : la cuve à lessive, le panier à beurre, la baratte, les pots à lait, le charnier, la marmite…

À cela il faut ajouter la boursoule, une heude ou les bourrées (1).

21. Ils seront 21 à acheter un petit morceau de la vie de Marie Rose et Pierre Julien. 1599,25 francs. C’est la valeur donnée à deux ans de vie commune.

Marie Rose partira ensuite vivre à Liffré, où elle décèdera à l’âge de 52 ans,  le 22 août 1895. Elle ne se remaria pas.

(1) Il s’agit de mots gallo, tels qu’ils ont été écrits dans l’acte de vente. L’ovale est une mangeoire ; la boursoule, une brouette ; la heude, une corde ; une bourrée, un fagot de menues branches. [Contoudiou, dictionnaire Gallo, http://www.contoudisou.com/dico/]


Commentaire (1)

  • Claudine Degennes| 26 novembre 2018

    beaucoup d’émotion, très bien décrit

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