Marie Nourry : un siècle, une révolution

Quand nous faisons notre généalogie, nous avançons au fil de nos découvertes, plus ou moins vite. Puis, nous oublions. Nous oublions ces gens que nous avons croisés l’instant d’une naissance, d’un mariage, d’un décès. Cette première rencontre, parfois fortuite, nous ne l’apprécions pas forcément comme il le faudrait. Erreur de débutant, inattention.. C’est pourquoi il est important de revenir une fois de temps en temps sur ses pas.

Dans le cade du généathème du mois de juin, je vous propose d’utiliser un générateur de numéro. Le but ? Tirer un numéro au sort, ce numéro représentant un Sosa, puis mener les recherches ou les reprendre.

J’ai tiré le numéro 337.

 

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Marie Nourry : un siècle, une révolution

Marie Françoise Joseph naît en 1748 à Bourbel, un hameau de Nesle-Normandeuse en Seine-Maritime. Sa naissance est un mystère. Bien que tous les actes la concernant indique le même lieu de naissance, un âge qui la fait naître en 1748, les registres de Bourbel ou de Nesle sont muets à son sujet. Avant 1748, après 1748, en 1748, rien.

Le père de Marie, Jean Jacques, est ouvrier verrier, un milieu qu’elle ne quittera pas. Le couple Nourry Caton s’installe en 1773 à Hodeng-au-Bosc. Jean Jacques a obtenu une place à la verrerie de Courval.

La verrerie de Courval a déjà 150 ans à l’arrivée de Jean Jacques. Créée en 1623, la verrerie s’est associée en 1723 avec un faïencier de Paris. Les verriers fabriquent des vitres et des flacons. En 1774, elle est rachetée par un notaire. C’est aussi à cette période que l’associé parisien a l’idée d’abandonner la faïence pour la porcelaine et la décoration de flacons. Ce changement d’orientation lui vaudra des commandes d’une clientèle aisée, plaçant ainsi la verrerie de Courval dans le monde du luxe.

 

 

Le 8 février 1780, Marie se marie à Nesle-Normandeuse avec Pierre Lavenant, un ouvrier de la verrerie de Courval. Elle a 32 ans. Pierre en a 27.

Le jeune couple quitte Hodeng-au-Bosc et la verrerie de Courval pour aller s’installer à Fallencourt. Pierre travaille maintenant à la verrerie du Val d’Aulnoy. Marie quant à elle, s’occupe du foyer, et de ses enfants. Entre 1782 et 1794, elle donnera naissance à neuf enfants. Avec des écarts d’âge ne dépassant pas les vingt-quatre mois, voire douze mois, elle n’a pas le temps de se reposer. Si la vie s’accroche, la grande faucheuse rode et lui enlève quatre enfants, âgés de quinze jours à sept ans, dont trois entre 1789 et 1793.

Années maudites. Comme si le décès de ses enfants n’était pas suffisant, la Révolution et ses troubles agitent la Haute-Normandie. Bien que les témoins de cette époque s’accordent à dire que la région fut moins touchée que d’autres, elle ne fut pas non plus épargnée.

“Elle eût été à peu près heureuse et tranquille si une suite de mauvaises récoltes n’y avait amené la disette et la misère et si elle n’avait pas été soumise aux pillages incessants des bandes de malandrins dont on a déjà vu les terrifiants exploits. On ne pouvait guère leur opposer dans les campagnes une forcé efficace de résistance. Réunis en bandes variant de vingt à cinquante personnes armées de piques, de fusils et de bâtons, ils se présentaient le soir dans les fermes isolées, enfonçant parfois les portes, se disant le plus souvent délégués de l’administration pour faire des réquisitions régulières (…) Dans les premiers mois de 1789, ces bandes sont encore à l’état rudimentaire et formées d’unités vagabondes et fainéantes en révolte contre la société. Leurs expéditions se font dans un cercle restreint et sont peu lucratives ; elles ne visent guère que les vols de blé ; or, le paysan redoute trop le pillage pour entasser le blé dans ses granges.”

Le couple habitant le Val Jacob près de Fallencourt, dans une région boisée, principalement dédiée aux métiers du verre, il a probablement été épargné par ses pillages, même si l’inquiétude de voir ces hordes de bandits arriver était bien présente.

 

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Pierre décède en 1808, laissant Marie démunie. Alors qu’auparavant, les actes indiquaient qu’elle était sans profession, Marie est maintenant citée comme journalière. Mais la vie continue.

Ses enfants grandissent, s’installent à Fallencourt ou à Campneusville. Seul François partira pour aller vivre à Bézancourt, à 55 km du village de son enfance. À la différence de ses frères, tous ouvriers verriers, François finira sa carrière comme artiste verrier. Réelle évolution ou effet de langage ?

La distance et peut-être l’âge font que Marie n’assistera pas au mariage de François qui a lieu à Martagny dans l’Eure. Ce sera le seul mariage de ses enfants qu’elle manquera.

Elle aura la joie de connaître sept de ses petits-enfants, avant de s’éteindre à son domicile en 1829. Elle avait 81 ans.

Marie aura vécu une vie simple, ponctuée de neuf naissances, un veuvage, sept petits-enfants, une Révolution et un nouveau siècle.

 

La fiche de Marie Nourry sur Genenanet : lien

Sources et bibliographie :

Pignard Lachaize, La verrerie de Courval, [en ligne] http://pignard-lachaize.fr/verrerie-courval.htm

Groupe Pochet Courval http://pochetducourval.com

Chanoine-Davranches Louis, La vie sociale pendant la première partie de la Révolution 1789-1798 : Rouen et environs, Gallica, pages 30-31